Guillaume LISSY

Claix - Seyssins - Seyssinet-Pariset - Fontaine

Emotions et réflexions à Auschwitz avec les collégiens

Face à la montée de l’antisémitisme, du racisme, de la xénophobie ou de la haine de l’autre, l’éducation reste l’arme la plus puissante. C’est ce que nous défendons et c’est ce que la Métropole porte dans le cadre de ses politiques publiques.

 Lors du conseil du mois d'avril dernier, nous avons en effet adopté à l’unanimité, san compter l’abstention du Front National, une délibération qui marque une volonté et trace un chemin. Sous l’autorité de Christophe FERRARI, président de la Métropole et de Yannick BELLE, son vice-président en charge notamment de la lutte contre les discriminations, nous avons décidé de mobiliser des moyens pour accompagner chaque année des jeunes du territoire sur un projet pédagogique  conclu par un voyage en Pologne sur les traces de la Shoah. 

"La délibération de la Métropole marque une volonté et trace un chemin"

Hautement pédagogique ce projet s’est appuyé sur le travail réalisé toute l’année avec ses enseignants par une classe du collège Louis Lumière d'Echirolles mais aussi sur celui d’Historiens reconnus sur ce sujet, Tal BRUTTMANN et Christophe TARRICONE. Refusant la facilité de l’émotion, pourtant puissante quand on parle du meurtre de masse, il a été décidé de travailler sur les faits, sur la rigueur historique et la méthode de décryptage de l’information.

Nous avons eu l’honneur, avec deux autres élus de la Métropole, une élue de la ville d’Echirolles et M. Yves GANASIA, président du CRIF du Dauphiné, d’accompagner cette classe de 3ème ainsi que des jeunes de l’espace Ado du CODASE pendant trois jours à Cracovie et à Auschwitz avec leurs enseignants et éducateurs. Nous avons eu le plaisir de partager le quotidien et les émotions de ce groupe mélangé, riche et attachant. Nous avons eu le privilège, aussi,  d’être les témoins des ressentis et des progressions de ces enfants du XXIème siècle confrontés au poids de l’histoire et aux failles de l’humanité.

 Entre la mine de sel de Wieliczka et la découvert de l'actuelle Cracovie, il était important de ne pas se rendre à Auschwitz comme on va en pèlerinage ou pour suivre un bien lugubre tourisme.  Il était important de montrer également les beautés et les richesses de ce pays  mal connu, de l’Union Européenne qui a subi dans son histoire des éclatements, des effacements, des invasions intimement mêlés aux soubresauts de l’Europe et du monde. 

 Il était important aussi de montrer en particulier le sort des Juifs de Pologne, quasiment éradiqués ; des Juifs  d’Europe décimés par une politique de mort systématique et industrielle.

"Pour les enfants, il n’est finalement pas tant question de commémorer le passé que de préparer l’avenir et de s’élever en citoyens avertis."

 J’ai été très sensible à l’approche de l’équipe qui a toujours rappelé l’Histoire mais qui, de la Cracovie Juive du quartier de Kazimierz, au Ghetto, au musée Galicia ou aux camps de la mort eux-mêmes, a permis à chacun de  de tisser le lien entre hier et demain et de se projeter dans le présent. Pour les enfants, il n’est finalement pas tant question de commémorer le passé que de préparer l’avenir et de s’élever en citoyens avertis.

Bien-sûr, même si la distance et le recul sont recherchés, on ne peut quitter ces camps indemnes. L’émotion, la tristesse, la colère couvent, toujours, explosent, parfois, dans les mots, les larmes ou les silences secs des visiteurs écrasés sous les preuves immondes de ce que certains s’acharnent encore à nier.

 Des vitrines abjectes qui vomissent cheveux, vêtements et souliers d’enfants; des paillasses crasseuses et des cachots lugubres marqués des ongles des innocents ; des trains de la Juden ramp, à la litanie des sévices et aux lignes barbelées des miradors, je resterais pourtant plus particulièrement marqué par les visages de vivants. 

"je resterai pourtant plus particulièrement marqué par les visages de vivants"

Au fond du « Sauna », block « étape d’hygiène" Nazi à Birkenau, des photos de familles sont exposées. Elles rayonnent des jours heureux  d’inconnus bien familiers. Mariages, fêtes entre amis, photos de famille, de classes… Il y a  accroché là au fond de ce camp de la mort toute la vigueur de la vie.

 A parler DES juifs, DES déportés , DES morts, on en oublierait presque que derrière les crime de masse, ce sont des femmes, des enfants et des hommes, dont les visages et les histoires ressemblaient aux nôtres, qui ont été exterminés ici. Ce sont les notres qui ont été exterminés ici. On le prend en pleine face quand on regarde dans les yeux ces « alter-égaux » dont il ne reste plus que quelques déchirantes photographies joyeuses. 

"je garderai en tête les messages transmis aux enfants d'Echirolles et du CODASE et par les jeunes eux-mêmes"

 A Auschwitz 1,1 millions de personnes ont été tuées dont 950 000 Juifs. De ce voyage riche, je garderai en tête les messages transmis aux enfants d'Echirolles et du CODASE et par les jeunes eux-mêmes. De l'émotion, bien-sûr, mais surtout de la réflexion, une recherche de la compréhension et  l'objectivité historique et du recul comme remparts aux bégaiements de l'Histoire. À nous d'être solides sur les valeurs et ne jamais rien céder aux révisionnistes, antisémites, racistes et autres porteurs de haine. 

 À nous d'être solides sur les valeurs et ne jamais rien céder aux révisionnistes, antisémites, racistes et autres porteurs de haine. 

Je reviens ébranlé mais sûr de mes convictions et de l’approche humaniste et combative qu’il convient, à mon sens, d’avoir en chaque chose. Je suis très fier que la Métropole s'engage sur le terrain de la transmission en direction des collégiens et de la jeunesse en particulier.

 

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