Guillaume LISSY

Claix - Seyssins - Seyssinet-Pariset - Fontaine

Nuit debout... et après?

 

J’avoue être intrigué tout autant qu’intéressé par le mouvement qui partout en France pousse ses acteurs à ne pas dormir et à réfléchir transformant nos places en agora. "La Nuit debout", à grand renfort de communication et de couverture presse s’impose petit à petit comme un temps politique à considérer.

Aussi frais que les nuits qu’il occupe le mouvement qui dépasse la seule contestation de la loi travail est, je crois, une bonne nouvelle pour la démocratie. Il s’appuie sur l’engagement de la jeunesse et des autres, il construit une forme de citoyenneté assumée et collective et, surtout, il travaille, réfléchi, phosphore. Face à des organisations politiques qui ont parfois du mal à dépasser les barrières conventionnelles, ces assemblées populaires auto-constituées s’arment d’une certaine dose d’utopie pour rêver un monde différent.

Joyeuses, festives tout autant qu’engagées et collectives, ces nuits debout vont réconcilier, et c’est tant mieux, tout une frange de la population fâchée avec la vie de la cité. Encore très marginales,  elles peuvent contribuer à réamorcer la pompe démocratique sur une dynamique positive et altruiste qui contraste avec le vote contestataire et amère qui prospère sur la crise. Ces « nuits » peuvent éveiller une génération et éclairer de nouvelles figures… Ne négligeons pas cette dynamique ni ceux qui la construisent. Ils sont une partie de la solution à la crise profonde que nous traversons.

Pour autant, je m’interroge sur la suite politique de cette démarche. Dans une démocratie, le mouvement social, qui prétend du reste changer la démocratie, ne doit-il pas s’inscrire, in fine, dans le combat politique ? A quoi bon, en effet,  rêver, penser demain, imaginer du collectif si c’est pour ne jamais chercher à le rendre concret ? A quoi bon se faire plaisir et veiller toute la nuit à refaire le monde s’il se désagrège au petit matin avec les foules qui se dispersent ?

A la gauche de contestation, j’ai toujours préféré celle de l’action et de la transformation, celle qui va aux élections et qui agit pour ses valeurs ; celle qui refuse la facilité et sort du confort de la protestation pour prendre le risque, ou tenter la chance, du compromis exigeant.

C’est pour faire entendre leurs voix, pour peser sur des lignes politiques pas assez satisfaisantes, que bien des militants, dont moi,  sont rentrés au PS, au PC, à EELV, au PG ou ailleurs. C’est pour faire raisonner mondialement un discours politique fort qui serait restée un bruissement léger dans le Vermont, que Bernie SANDERS s’est engagé dans la primaire Démocrate...    

 On voit déjà tourner autour du saint esprit de la nuit debout, ceux qui tenteront de le récupérer ou de se faire récupérer… Voilà chacun prévenu.

Contestés, critiqués, souvent à juste titre, les partis politiques doivent évoluer. Coupés de la société civile, sclérosés par des fonctionnements d’un autre temps, peu imaginatifs, ils  gardent portant, à mon avis, toute leur utilité dans une démocratie à réinventer. Ils sont aussi, une partie de la solution pour peu que les forces vives les rejoignent et changent la donne ou tout du moins ne les quittent pas de guerre lasses…

En attendant la suite politique de ce mouvement sympathique, j’essaie de ne pas oublier qu’après la parenthèse de mai 68, qui a pourtant durablement marqué et libéré notre société, le mois de juin avait apporté une réaction politique  et un raz de marrée conservateurs sans précédent…L'histoire est un phare pas toujours inutile pour éclairer l'avenir... Surtout s'il se construit la nuit.

 

 

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